Le passeport Nansen

Le « passeport Nansen » est créé sous le nom de Certificat d’identité et de voyage par l'Arrangement du 5 juillet 1922 relatif à la délivrance des cerificats d'identité aux réfugiés russes.

Il porte le nom du docteur Fridtjof Nansen, explorateur polaire, diplomate et homme d’État, qui avait proposé sa création à la Société des Nations (SDN).

Il s'agit de la première concrétisation d'un statut de réfugié international. Créé pour les réfugiés russes ayant fui la révolution bolchévique et la guerre civile (1917-1921), il vise à leur permettre de quitter leur pays de premier accueil et de conduire tous les actes de la vie civile, en réponse à la déchéance collective de nationalité dont ils ont été l'objet par décret.

 (jpg - 630 Ko)

Modèle du passeport Nansen contenu dans l'Arrangement de 1922 publié par la Délégation en France de l'Office international Nansen de la SDN. Imprimerie Crêté, 1938.

Evolution du passeport Nansen

 (jpg - 500 Ko)

Première page du passeport Nansen établi à Belgrade en 1923 pour Véra Makarova et de sa fille Véra, future héroïne de la Résistance connue sous le nom de Véra Obolensky.

Le bénéfice du passeport Nansen sera étendu aux Arméniens ayant fui le génocide en Turquie en 1924.

Les passeports Nansen, qui existent entre 1924 et 1952, changeront de forme, selon les époques et les autorités de délivrance. Ils gardent cependant des caractéristiques communes :

  • Conformément aux règles de la diplomatie internationale, les passeports Nansen sont bilingues, émis dans la langue du pays émetteur, et dans une langue internationale, le français jusqu’après la Seconde guerre mondiale.
  • Dès 1924, le passeport Nansen est reconnu par 38 États (dont la France), et il est délivré par les autorités locales (en général, les préfectures), raison pour laquelle ils sont rares dans nos fonds d'archives.
  • Jusqu’en 1926, les passeports Nansen portent la mention explicite de leur non-validité en cas de retour dans le pays d'origine mais aussi dans le pays émetteur. Ensuite, les Arrangements pour le statut de réfugié international permettent d’utiliser ce passeport pour tous pays, hors le pays d'origine du réfugié.
  • De même, les passeports Nansen les plus anciens portent toujours la mention : « délivré conformément aux résolutions de la Conférence gouvernementale convoquée par le Dr. Nansen, Haut-Commissaire pour les Réfugiés Russes, à Genève, le 3-5 juillet 1922. » C’est cette phrase qui permet de les identifier à coup sûr comme des passeports Nansen.

 (jpg - 441 Ko)

Deuxième page du passeport Nansen établi à Belgrade en 1923 pour Véra Makarova et de sa fille Véra.

Le passeport Nansen est initialement une sorte de cahier de plusieurs pages, en assez grand format : la première page du passeport de 1924 mesure 41,5 cm de largeur sur 34 cm de hauteur. Les pages suivantes sont vides et destinées à recevoir tous les visas aux passages des frontières.

 (jpg - 89 Ko)

Spécimen de passeport Nansen de la fin des années 1930.

Les passeports Nansen évoluent et se standardisent peu à peu pour finir par correspondre aux formats des passeports classiques et autres titres de voyages : des livrets pliés à couverture cartonnée, aux pages en accordéon dépliables mesurant 9 cm de large sur 12,5 de haut fermé, avec 10 pages.